une

Robert Eringer : de l’irresponsabilité des bloggeurs

robert-eringer« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » disait Albert Camus. Journalistes et bloggeurs devraient-ils répéter sept fois cette phrase à haute voix avant de prendre la plume ? Ils sont de plus en plus nombreux, à l’instar de Robert Eringer, à élever l’irresponsabilité en art et l’inconséquence en vertu. Stop.

Qui connaît Robert Eringer ? Personne. Hormis peut-être quelques habitants de Santa Barbara, havre de paix californien pour richissimes retraités, où il termine ses jours. Pourtant, l’illustre inconnu a eu droit à ses quinze minutes de célébrité Warholienne. Pour le pire. Bien planqué devant son écran et protégé par le premier amendement américain, ce bloggeur impénitent diffame à longueur d’articles. Il affiche, chaque jour, ses deux obsessions majeures : la Principauté de Monaco et la Russie de Vladimir Poutine. Avec le Rocher, il règle de vieux comptes. Brièvement embauché comme consultant en renseignement à Monte-Carlo, il a été licencié en 2007 par le Prince Albert pour incompétence. Depuis, il n’a de cesse de se venger. Quant à la Russie, mère de tous ses tourments, il semble que le bloggeur souffre à la fois d’un anticommunisme antédiluvien et d’une passion pour les mauvais polars associant belles filles, mafia et KGB.

La fange

Alors évidemment quand les deux s’entrechoquent, il  est à la fête. Lorsqu’André Muhberger, chef de la Sécurité de Monaco a eu idylle avec la belle russe prénommée Hanaha, Robert Eringer s’est roulé dans la fange. Comme un coq dressé sur son tas de boue, il a exulté. Il a publié des photos du couple à la plage, commenté ses images avec des légendes convoquant le FSB, le Mossad, le Hezbollah… Qu’importe la vérité, il était trop heureux de pouvoir associer, comme dans ses mauvaises lectures, le beau flic et l’espionne facile… Le mal était fait. Dans une Principauté adepte du feutré, où seule la mer a le droit de faire des vagues, cette surexposition du plus grand flic de Monaco a dérangé. André Muhlberger a démissionné. Quelques semaines plus tard, il était victime d’un tragique accident, happé par les hélices d’un bateau pendant qu’il nageait. Robert Eringer ne se pose pas la question de savoir ce qui se serait passé s’il n’avait pas, par ses écrits, contraint le chef de la Sécurité à démissionner. Pire, il continue de s’ébrouer avec délectation dans son bourbier malodorant : « Le mois de juin 2013 est le meilleur enregistré par les professionnels du tourisme à Monaco. Parce que tout le monde a voulu aller voir la plage où Muhlberger a été assassiné. » écrit-il sur son blog. Presse de caniveau, dites-vous ? A ce stade, caniveau semble bien soft pour ces lignes crapoteuses. Mieux encore, lorsque Paris-Match a cherché un quidam pour remplir les colonnes d’un article consacré à ce décès, le célébrissime journal s’est tourné vers un témoin crédible : Robert Eringer ! Au passage, le bloggeur est qualifié d’ancien agent du FBI, ce qu’il n’a jamais été. Ce fut sa minute de gloire, enfin, pouvoir déverser sa bile dans des pages papiers glacés…

La palme

Le cas de Robert Eringer est un exemple à nul autre pareil et à ses côtés bloggeurs et autres journalistes adeptes du « mal nommé » font pâle figure. Il n’empêche, le poison lent de la bassesse  s’infiltre même dans les journaux « respectables ». Les dérapages sont de plus en plus fréquents à l’image de cette couverture des Inrocks : « 1948-2013. C’était Gérard Depardieu » l’acteur enterré par le mensuel pour avoir choisi un passeport Russe !  Et que penser du Nouvel Observateur et de sa Une sur le livre de Marcelle Yacub « La belle et la bête » ? Serions-nous des cochons de lecteurs ? Mais en ce mois de juillet 2013, la palme du « mal nommé » revient sans conteste au plus grand d’entre-nous, à notre maître à tous, à celui qui à chaque occasion sert des leçons de journalisme à ses confrères, le dénommé Edwy Plenel.  Dans un article consacré à la défense des lanceurs d’alerte, le patron de Médiapart a associé Pierre Condamin-Gerbier et Edward Snowden. La carpe et le lapin… Comparer ces deux hommes revient à délégitimer les actes et le courage du whistleblower américain  alors que celui-ci est toujours en danger, qu’il risque sa vie ou des décennies de prison pour avoir dénoncé le plus grand espionnage d’Etat de tous les temps. Il fallait oser. Edwy Plenel l’a fait.