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La censure sur internet : de l’utilisation des « trolls » dans le débat numérique

Quand on évoque la censure, on imagine tout de suite, un journaliste emprisonné, des locaux perquisitionnés et des livres brûlés. Cependant, celle-ci peut prendre une tout autre forme. Dans un rapport, Reporters sans frontières dénonce les campagnes des “trolls” sur les réseaux sociaux à l’encontre des journalistes. Un cyber-harcèlement, qui vise à impressionner, faire peur pour entraver le travail journalistique et éventuellement désinformer.

Le rapport indique simplement, que c’est une “nouvelle menace qui pèse sur les journalistes”. Le rapport de RSF se base sur “des dizaines de cas” de cyber-harcèlement dans pas moins de 32 pays. Ces offensives coordonnées sont très souvent liées au pouvoir en place. En Inde, par exemple, la cellule des technologies de l’information du Parti nationaliste hindou du Premier ministre, Narendra Modi, prend pour cible des journalistes susceptibles de produire une information défavorable au chef du gouvernement. Jessikka Aro, journaliste d’investigation finnoise, a quant à elle était prise pour cible par des trolls russes qui la harcèlent sans discontinuer depuis 2014. Selon une enquête de Novaïa Gazeta, ce sont, en réalité des salariés d’une usine détenue par un proche de Vladimir Poutine. En Chine, des “guerriers numériques” sont mobilisés pour défendre l’ordre “rouge et positif” du président Xi Jinping sur les réseaux sociaux. On pourrait multiplier les exemples venant de Turquie, Algérie, Iran, Egypte, Vietnam, Thaïlande, mais aussi Ethiopie ou Ouganda… Les pays dans lesquels ces pratiques sont répandues et détaillées par RSF sont légion.

Cependant, il ne faut pas être dupe, les mêmes qui crient au loup, peuvent eux aussi agir en meute. RSF prend ainsi l’exemple de “gangs de trolls” qui sévissent au Mexique pour intervenir notamment dans les débats politiques. Il s’agit de surfer sur la viralité pour donner plus de visibilité à des messages. Sur Twitter, ils sont chargés de faire monter des “fakes news” dans les tendances et de brouiller la ligne entre les articles issus des médias et les contenus sponsorisés non vérifiés. Le principe se retrouve en France, on pense par exemple à ce qu’avait subi Nadia Daam après une chronique diffusée sur Europe 1 en novembre dernier. On sait, que de nombreux activistes extrêmes de tous bords sont particulièrement actifs pour amplifier artificiellement la portée de leurs messages.

Outre le but d’influencer l’opinion, la violence sur les réseaux sociaux, augmente la pression sur les journalistes et les blogueurs et leur fait craindre le pire pour eux et leurs proches. Automatiquement, ils se découragent d’écrire sur des sujets jugés sensibles. RSF demande notamment à ce que s’applique un cadre légal strict, avec une justice qui s’occupe effectivement des problèmes de harcèlement en ligne.

Crédit photo : Nestra Careless

 

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